Marjane Satrapi, autrice de la BD culte Persepolis et grande voix du féminisme iranien, est décédée. Ses proches parlent d'une mort «de tristesse».
La nouvelle a secoué le monde de la bande dessinée et du cinéma d'auteur. Marjane Satrapi, née en 1969 à Rasht, en Iran, était l'une des artistes francophones les plus influentes de sa génération. Son oeuvre avait traversé les frontières et elle était une artiste très appréciée au Québec.
Le choc est d'autant plus grand que son mari, le producteur et acteur suédois Mattias Ripa, était décédé en avril 2025, à seulement 53 ans. Sur Instagram, elle avait partagé un message déchirant en plusieurs publications : « I lost the love of my life » («J'ai perdu l'amour de ma vie»).
Son entourage a confirmé que Marjane Satrapi n'avait pas pu se remettre de ce deuil. C'est cette expression, «morte de tristesse», qui a circulé après l'annonce, et qui colle, pas mal douloureusement, à la réalité de ses derniers mois.
Le président français Emmanuel Macron a rendu hommage à « une artiste éprise de liberté qui a transformé une enfance iranienne en fable universelle », dans un communiqué de l'Élysée. La Fondation du prix Nobel de la paix iranienne, Narges Mohammadi, a pour sa part salué une femme qui « a consacré son oeuvre et sa voix à la défense des femmes iraniennes ».
La prix Nobel Narges Mohammadi a ajouté qu'elle « laisse un héritage artistique et culturel majeur », reconnaissant l'ampleur du vide laissé par sa disparition.
Décès de Marjane Satrapi : l'héritage de Persepolis et la lutte pour les Iraniennes
Persepolis, publié en quatre tomes à partir de 2000, avait été récompensé en 2001 au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême. Le film d'animation, coréalisé avec Vincent Paronnaud en 2007, avait remporté deux César et le prix du jury au Festival de Cannes.
«Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens», avait-elle déclaré lors de la cérémonie cannoise. Ces mots résonnent aujourd'hui comme un testament.
En 2024, elle avait coordonné l'ouvrage collectif Femme Vie Liberté, écrit après le mouvement né du décès en détention de Mahsa Amini, arrêtée parce qu'elle ne portait pas correctement son voile. Ce projet avait mobilisé des artistes du monde entier.
En 2025, elle avait refusé la Légion d'honneur française pour dénoncer la politique de Paris envers Téhéran. «Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran», avait-elle expliqué sur Instagram, déplorant le refus de visas à de jeunes dissidents iraniens.
Elle avait tenu à préciser : «Le refus de la Légion d'honneur n'est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j'aime profondément ce pays qui est le mien.» Un geste de cohérence, jusqu'au bout.
Ses oeuvres, de Broderies à Poulet aux prunes, deux fois distingué à Angoulême, continuent de circuler dans les écoles et les bibliothèques. Son influence sur la BD mondiale, et sur des générations de lecteurs québécois, restera concrète.
La question demeure entière : qui, maintenant, portera avec autant de force la parole des femmes iraniennes sur la scène internationale?
Quel est le leg de Marjane Satrapi?
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